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Un projet musical inédit qui défend l'idée de dialogue

Salim Dada revisite Ibn Arabi avec «L'amour est ma croyance»

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le 15.04.18 | 12h00 Réagissez

 
	Salim Dada
Salim Dada


Batna
De notre envoyé spécial

Le compositeur, musicien et musicologue, Salim Dada, continue d'explorer les domaines vastes de la poésie et de la musique. A sa manière. Il vient de puiser dans l'œuvre intense du poète mystique, Al Cheikh Al Akbar Ibn Arabi (mort à Damas en 1240), pour composer L'amour est ma croyance, à partir du diwan «Tourjoumane al achouak» (L'interprète des désirs) et «Al foutouhat al makia».

«C'est une nouvelle composition pour mettre du soprano arabe, un takht arabi, qui comprend oud, nay et douf, et un orchestre symphonique. Le projet est une collaboration avec le chœur et l'orchestre de l'université  la Sorbonne, à Paris.

C'est un projet que j'ai présenté l'année dernière et qui a été lauréat pour 2017/2018. Il est question de dialogue et d'amour», a expliqué Salim Dada, présent aux 4es Journées nationales de la musique classique de Batna (lire interview dans les colonnes d'El Watan Week-end).

«J'ai composé un mouachah à partir des poèmes, dont Lakad kountou kabla el yaoum. Il y a une ouverture d'esprit et une ouverture sur les croyances. J'ai tiré le titre de la composition de ce poème.

La pièce a été présentée le 16 mars 2018 au grand amphithéâtre de la Sorbonne après dix jours de répétitions denses», a souligné le compositeur.

La Marocaine Karima Skalli a été sollicitée pour assurer les chants. Connue pour ses interprétations de chants soufis ou de pièces de musique savantes et classiques arabes, Karima Skalli est souvent comparée à la Syro-Egyptienne Ismahane, pour la tonalité de sa voix et sa manière d'interpréter les chants.

«Le takht arabe était assuré par des musiciens tunisiens, algériens et français, alors que l'orchestre de la Sorbonne était dirigé par l'Allemande Corinna Niemeyer.

C'est plus qu'une invitation au dialogue ou à un métissage. Je parle aux êtres humains qui partagent les mêmes peines, les mêmes peurs et les mêmes besoins. L'amour fait partie de ces besoins.

Si je parle de cela, c'est à cause de ce qui se passe dans le monde aujourd'hui en termes de terrorisme et de bêtise humaine. C'est un message de paix et d'amour», a noté Salim Dada. Sur le plan musical, il a choisi de partager sa composition en quatre mouvements en restant dans le contexte soufi. Il a d'abord commencé par El istihlal, introduction basée sur un dialogue entre oud et orchestre. Il a enchaîné avec un Maoual, un récitatif vocal après un taksim oud, suivi d'un Ibtihal, une invocation d'Allah, et enfin, le point culimant, El Hal (état d'extase).

«Dans El Ibtihal, on retrouve la forme du mouachah, alors que dans El Istihlal, j'ai choisi une forme très libre. Dans Hal, le dialogue est entre un soliste et l'ensemble des musiciens selon la tradition du dawr. Là, les musiciens arabes répondent au reste de l'orchestre avec la soliste. Il y a donc un travail de recherche sur la forme et sur l'esthétique et surtout sur la couleur d'orchestre. Dans les modes, il y a le nahawand, le bayati et le sika.

Toute une partie d'El Hal est basée sur la sika», a relevé Salim Dada. Il a déjà composé Lounga Nahawand, une forme instrumentale, sorte de danse-symphonie, basée sur un maqam d'origine persane. Salim Dada s'est appuyé sur le Nahawand pour  composer une wasla, Waslet al achwaq, d'une durée d'une heure. Une wasla qui contient aussi des Takasim maoual, un Smai'i, une Lounga, des Mouachah, un Qad et un Mkhiless.

«Nous allons produire cette wasla, l'automne prochain, avec l'Opéra d'Alger. J'ai des dates à l'international, mais l'objectif est de la présenter en Algérie, en petit format, c'est-à-dire, un takht, un quatuor à cordes, un soliste et un chœur», a-t-il annoncé.

Intérêt pour les instruments antiques

Le Nahawand, qui porte le nom d'une ville iranienne, ressemble au mode sahli algérien. Il est utilisé dans le célèbre Mouachah Lama bada ya tathana (qui aurait été écrit par le poète andalous Lissan Dine Ibn Khatib au 13e siècle). Salim Dada s'intéresse aussi aux instruments antiques. Il en a donné la preuve dans le film algéro-tunisien Augustin, le fils de ses larmes, réalisé par l'Egyptien Samir Seif et consacré à une partie de la vie de Saint-Augustin (la période de Carthage). «J'ai fait un travail philologique sur les musiques romaines du IVe siècle. A cet effet, Je suis parti en Sicile et à Rome.

J'ai travaillé pour la bande originale du film sur les musiques et les rythmes traditionnels et les percussions anciennes. Comme il n'y a pas de traces écrites, à part quelques récits littéraires, j'ai essayé d'imaginer la musique de l'époque. Une musique jouée à Taghast (Souk Ahras actuellement) et à Carthage (lieux où a vécu Saint-Augustin)», a expliqué le compositeur. Salim Dada a fait partie dernièrement du jury du festival «Istikhbar» en Tunisie, consacré aux écoles de musique. «Il y a une vraie ouverture dans la scène musicale tunisienne par rapport à quelques années déjà.

La guitare électrique, les rythmes de jazz, la bossa nova font leur entrée dans les compositions. Sans sacrifier le oud et le nay, les jeunes Tunisiens font de belles choses. En Algérie, il y a aussi un bouillonnement musical, une envie de s'exprimer et de paraître. Mais, il y a des styles qui ont été mis à la marge, comme El Ayta chaouiya, le Yayyay, El Ferda et les vocalités à capella. Aujourd'hui, les productions télévisées dictent les orientations en termes de types d'arrangement et d'esthétique.

Les produits les plus promoteurs sont ceux qui ne s'inscrivent pas dans ce genre de consommation massive et industrielle. J'ai l'impression qu'on n'a plus l'esprit d'aventure sur le plan artistique. On veut avoir les résultats rapidement et les plus garantis», a-t-il regretté.

Fayçal Métaoui
 
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