Edito
 

Coup de semonce

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le 31.01.18 | 12h00 Réagissez


C’est devenu un rituel dans le traitement des grèves par la justice : depuis que le droit de grève est reconnu par la Constitution, il n’y a pas un seul préavis qui ait connu une suite favorable de la part des juges. Tous les débrayages survenus dans le monde du travail et dans d’autres secteurs, tel que celui de l’éducation, ont été déclarés illégaux par la justice.

Suivant toujours la même démarche, la décision de la justice tombe après le déclenchement du mouvement de contestation, par le truchement d’un communiqué laconique du tribunal dans lequel les grévistes et l’opinion ne sauront rien sur les motifs d’interdiction de la grève par l'instance judiciaire. C’est cet argument qu’invoque le Collectif autonome des médecins résidents (Camra) pour ne pas reconnaître l’injonction de la justice de mettre fin à leur mouvement social et de libérer les lieux qu’ils occupent depuis plusieurs semaines.

Les médecins grévistes ne comprennent pas que la justice puisse se prononcer sur leur litige alors que leurs représentants n’ont pas été entendus par le juge. C’est la première fois que des animateurs d’un mouvement social engagent publiquement un bras de fer avec la justice, forts de leur conviction et de la justesse de leur cause, de leur puissance qui autorise un des membres du collectif des médecins résidents à mettre au défi la justice de jeter en prison les 15 000 résidents qui se reconnaissent dans le mouvement.

Et forts aussi de leur sentiment que leur mouvement suscite une adhésion populaire de plus en plus large surtout depuis les insoutenables scènes de bastonnades des médecins à Alger qui ont provoqué une vague d’indignation auprès de l’opinion. Cette légitimité populaire et ce capital de sympathie qu’ils ont acquis au fil des jours se sont renforcés davantage encore depuis l’annonce faite par les autorités françaises d’ouvrir les bras aux médecins étrangers.

La crainte d’une hémorragie annoncée dans ce corps déjà malade et vidé de son potentiel parti vers d’autres cieux plus cléments a donné au mouvement des médecins résidents un cachet de cause nationale. Le recours par la tutelle à la justice pour neutraliser le mouvement de grève des médecins résidents et les autres mouvements sociaux, tels que ceux des paramédicaux, des syndicats autonomes de l’éducation et du personnel navigant d’Air Algérie, n’a pas eu l’effet dissuasif escompté par les pouvoirs publics.

Bien au contraire, on assiste à une radicalisation de ces mouvements sociaux que rien ne semble pouvoir arrêter. Ni la menace des ponctions sur salaires ni les licenciements, pas même le glaive de la justice. Comment faire respecter les décisions de justice dont dépendent l’autorité et la crédibilité de l’Etat — et dont les décisions sont souvent dénoncées à cause de l’interférence du pouvoir politique dans le fonctionnement de l’appareil judiciaire — sans bousculer l’ordre social : c’est le pari difficile voire impossible auquel se heurtent les magistrats.

Ce face-à-face entre la justice et les mouvements de contestation sociale, qui vont sans nul doute s’élargir sous les effets de la crise, engage non seulement le crédit de la justice mais traduit aussi, plus globalement, une forme de défiance au pouvoir. L’appel au renfort de l’Anp, qui a exhorté sur un ton martial tous les «insurgés» à rentrer dans le rang, est le signe d’un durcissement du pouvoir dans le management des conflit sociaux, un coup de semonce destiné à pacifier le front social. L’armée a-t-elle vocation à faire le travail des politiques, de la justice et du syndicat ?

Omar Berbiche
 
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