Edito
 

L’engrenage répressif

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le 25.01.18 | 12h00 Réagissez


Les grands hôpitaux du pays sont régulièrement quadrillés par des centaines de policiers sur-équipés. Aux alentours du CHU Mustapha Pacha, ils doivent empêcher les hommes en blanc de sortir dans la rue, quitte à faire usage de la force.

Choquée par les récentes images de jeunes médecins le visage en sang, la société tout entière est de plus en plus inquiète pour l’avenir de la profession et pour le sort de la santé en général : les départs de médecins à l’étranger pourraient s'accélérer, comme pourrait s’installer une grave démobilisation dans le secteur, au grand malheur de la population en forte demande de soins. Pourquoi en est-on arrivé là ? Comment a pu intervenir une confrontation aussi violente entre une catégorie de scientifiques vénérée pour son savoir et son utilité et un Etat censé les protéger et les aider à s'épanouir pour les rendre plus efficaces ? C’est tout un monde qui s’effondre chez les Algériens déjà choqués par les scènes antérieures d’avocats et d’enseignants passés à tabac : c’est un coup dur pour les quelques valeurs restantes au sein de la collectivité qui, malgré tous les aléas de la vie, s’accroche au savoir et à l’instruction et rêve du statut social qui les accompagne.

Que dire aux jeunes générations encore en formation ? Si elle se justifie amplement dans la lutte contre les terroristes, les trafiquants de drogue et autres criminels de tous acabits, la mobilisation de lourdes forces policières ne l’est pas – et ne peut l’être – lorsque ce sont des revendications de nature politique, sociale et culturelle qui s’expriment. C’est par le dialogue et la concertation que doit fonctionner une collectivité nationale et si aujourd'hui ces deux vertus ont disparu dans le pays, c’est que la sphère politique dirigeante a été gravement défaillante. Aucune culture du dialogue avec la population n’a été développée. Les institutions étatiques ont été assujetties à la règle de la soumission et de l’injonction politique. La justice n’a pas joué son rôle dans le traitement des conflits entre la société et les pouvoirs publics, ces derniers jamais ou rarement désavoués. Quant aux partis politiques, syndicats et ONG, affaiblis par tous les coups reçus ces dernières années dans un incessant bras de fer avec les autorités, ils ont fini par n’avoir que très peu de capacités d’intervention sur le terrain. Ils sont devenus bien incapables de s’interposer entre les pouvoirs publics et les citoyens en colère.

Comme elle entre de plain-pied dans une dure période de crise économique, l'Algérie verra inévitablement se développer la multiplication de revendications sociales conduites par les franges de la population qui ne pourront plus supporter les sacrifices exigés d’elles. La contestation est appelée à se généraliser et à s’amplifier, avec elle le risque de durcissement de la tentation répressive car celle-ci est inscrite dans les gènes du système politique. Octobre 88 a été enfanté par ce même système devenu, au fil du temps, toujours plus fort et plus dur, le multipartisme ne lui ayant donné qu’une apparence démocratique. Sa réalité historique est toujours là : la défense des intérêts des groupes ayant pris le pouvoir politique et militaire dès le lendemain de l'indépendance, mettant à leur service tous les atouts de la collectivité publique dont le plus déterminant a été la rente pétrolière. Mais cette dernière, en se tarissant, dénude le système qui, privé de rente juteuse, n’a plus que la matraque à offrir…

Ali Bahmane
 
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