Edito
 

La surfacturation, un mal incurable ?

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le 29.01.18 | 12h00 Réagissez


Le ministre du Commerce, Mohamed Benmeradi, a asséné hier sur les ondes de la Chaîne 3 des vérités crues que les pouvoirs publics n’ont reconnues jusqu’ici que du bout des lèvres pour ne pas avoir à faire assumer à l’Etat la responsabilité politique et morale du fléau de la surfacturation qui gangrène l’économie nationale.

Tout en se gardant de quantifier l’ampleur du phénomène, en restant plus mesuré que son prédécesseur, le défunt Bakhti Belaïd, le ministre du Commerce a néanmoins lancé quelques pistes de réflexion qui se déclinent comme une nouvelle feuille de route pour assainir le commerce extérieur livré aux appétits voraces des lobbies de l’importation. L’activité de l’importation a littéralement explosé durant ces dernières décennies, encouragée par la santé financière du pays dopée par les recettes générées par les prix rémunérateurs du baril de pétrole.

Quelque 25 000 importateurs couvrant tous les secteurs de l’activité économique du pays se sont lancés dans ce créneau lucratif, dans l’anarchie la plus totale, sans accompagnement ni contrôle. La professionnalisation des candidats qui sont venus nombreux grossir les rangs de ce métier devenu dans la conscience populaire synonyme d’activité rentière, d’enrichissement rapide et facile, voire illicite, n’a jamais figuré au centre des préoccupations des pouvoirs publics.

Avait-on besoin de toute cette armée d’importateurs pour un pays de la taille de l’Algérie et pour des besoins d’un marché qui n’est pas celui d’une société de consommation dans le sens où on l’entend ailleurs ? Le résultat est que le marché a été complètement déstructuré, inondé par des produits étrangers dont on ne maîtrise ni les prix, ni la qualité, ni la traçabilité.

Après avoir laissé faire au nom de l’économie de marché — comprendre l’économie de bazar —, encouragé la prolifération de toute une faune d’affairistes véreux qui se sont enrichis sur le dos du Trésor public, symbolisés dans la mythologie populaire par le fameux «pont des généraux», on découvre aujourd’hui, comme s’il s’agissait d’une fatalité, que la démonopolisation du commerce extérieur a produit des effets pervers que nous payons cash.

On a supprimé un monopole, celui de l’Etat, ou du tout-Etat, qui concentrait entre ses mains toutes les missions de la sphère économique : de la production, de la distribution et de la commercialisation, pour le remplacer par celui des importateurs privés qui gèrent près de 65% du portefeuille de la facture des importations, selon Mohamed Benmeradi. Pour le ministre du Commerce, l’assainissement de la sphère économique passe impérativement par le rétablissement de l’Etat dans sa fonction de régulateur du commerce extérieur.

Cela implique une réforme profonde de l’activité de l’import, une transparence dans l’octroi des licences d’importation, des crédits et de l’accès à la devise, et, à la base, une épuration des rangs de cette corporation pour ne laisser que ceux qui répondent au profil requis.

De par ses enjeux, les liens de connivence et d'intérêts existants entre les barons de l’import et des dignitaires du système, l’entreprise prend l’aspect d’une véritable révolution. Au-delà du menu fretin, cela suppose qu’on va s’attaquer à des positions acquises, des bras longs qui ne se laisseront pas faire. Ce n’est pas la première fois que l’on promet de combattre le mal à la racine tout en faisant le contraire.
 

Omar Berbiche
 
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