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Alger : Série de conférences, de découvertes et d’analyses

Connaissez-vous l’Afrique ?

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le 14.04.18 | 12h00 Réagissez

Le titre de cet article est celui d’une série de cours proposés depuis octobre dans le cadre de l’Université pour tous, au Centre d’études diocésaines des Glycines à Alger.

Un titre percutant, qui renvoie à l’ignorance de notre propre continent et appuie là où ça fait mal. Cette méconnaissance n’est peut-être pas sans lien en effet avec la triste actualité qui concerne le renvoi des migrants subsahariens d’Algérie. Pour nous aider donc à combler nos lacunes et à mieux connaître l’Afrique, sept cours ont déjà été donnés. Ils avaient, entre autres, pour thèmes : les langues, la littérature ou encore les frontières.

La dernière conférence en date abordait les mouvements sociaux dans l’Afrique des «années 68». Elle était animée par Françoise Blum, ingénieure de recherches au Centre d’histoire sociale du XXe siècle (CNRS/université Paris1). Dans son intervention passionnante, la conférencière a pris comme repère l’année révolutionnaire de 1968 du côté de l’Afrique subsaharienne, au moment où la contestation en France était largement médiatisée.

Après avoir rappelé le contexte mondial d’alors (la défaite des Etats-Unis au Vietnam, le mouvement étudiant à Mexico, le massacre de Tlateloclo, la guerre des Six-Jours en Égypte, la révolution culturelle en Chine…), elle a développé une étude comparative de trois cas de révolution : le Congo-Brazzaville (1962 à 1966), le Sénégal (1966 à 1968) et Madagascar en 1972*.

Les mouvements de contestation observés dans ces ex-colonies françaises qui ont accédé à l’indépendance en 1960, offrent des points de comparaison évidents, d’abord dans leurs revendications. Pour les décrire, la chercheuse emploie le terme de «dégagisme», concept utilisé en 2011 pour évoquer le printemps arabe et qui désigne la volonté d’un peuple d’écarter le pouvoir en place sans vouloir forcément le remplacer.

En somme, le peuple savait ce qu’il ne voulait plus mais ne savait pas précisément ce qu’il voulait. Dans les trois exemples cités, le fabuleux optimisme qui a marqué les premières années post-indépendance a fini par laisser place à une forme de déception qui s’est exprimée dans ces mouvements.

Autre point commun, ces trois mouvements ont été menés d’abord par les étudiants et les syndicats. L’université était le fief de ces révolutions, avec les jeunes et les femmes en première ligne, prenant la parole sous toutes ses formes et en toutes les langues, précise la chercheuse, avant de souligner l’absence des paysans (la majorité de la population) dans ces mouvements pourtant très influencés par la Chine et Cuba, ce qui constitue un autre point commun.

Enfin, la divergence entre ces trois mouvements sociaux réside peut-être dans leur dénouement, puisque les régimes en place sont tombés au Congo et à Madagascar mais pas au Sénégal, où le président Senghor, profitant d’une forte aura nationale, mais aussi internationale, restera au pouvoir après avoir fini par négocier avec les étudiants en proposant quelques réformes à l’université.

Et pour ceux qui s’intéressent au continent, deux autres conférences sur l’Afrique sont encore programmées aux Glycines, après celle de Catherine Coquery Vidrovitch et Moncef Bakail, intitulée «L’Afrique», donnée le 3 avril. Il s’agit de «L’Afrique post-indépendance, 1960-2018: la lutte continue !» par Elikia Mbokolo (24 avril à 18:00) et, pour finir en beauté, «Les arts africains» par Michèle Coquet (8 mai à 18:00). Vous pourrez alors répondre à la question «Connaissez-vous l’Afrique ?» par un sincère et humble : «Un peu oui, mais pas assez.»


 

Maya Ouabadi
 
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