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Cosmétique du patrimoine

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le 08.04.17 | 12h00 Réagissez


Etrange comme les langues évoluent à travers les siècles et comme les mots se baladent entre les sens. Exemple : le verbe «visiter», du latin «visitare», signifiait «voir souvent», alors que de nos jours on dirait plutôt «fréquenter» parce que «visiter» paraît occasionnel sinon exceptionnel. Mais c’est du verbe «revisiter» dont je voudrais vous parler aujourd’hui. Le CNRTL (Centre national de ressources textuelles et linguistiques) qui fait autorité en langue française, donne quatre synonymes à ce verbe : repenser, revoir, réexaminer et réviser. Et si je veux vous en parler, c’est en raison de la vogue qui l’a porté dans le monde et surtout, désormais, en Algérie. Très «tendance», on l’entend de plus en plus dans la bouche de créateurs et à travers les médias sans rapport aux synonymes évoqués.

Ce verbe est symptomatique d’une situation de la production culturelle nationale. Quand il est utilisé, il fait référence à une «revisite» du patrimoine. Il y a là sans doute de bonnes intentions et une réponse à une demande de la société. L’envie de récupérer un legs assurément riche dont nous avons perdu de larges pans conséquemment à une longue et profonde déculturation coloniale puis, à l’indépendance, aux aberrations de gouvernants qui avaient imaginé pouvoir imposer une culture officielle sans jamais la définir, sinon par la négative. Sans le souhaiter, nous n’avons même pas eu ce que les Russes ont eu à l’ère soviétique, soit le réalisme socialiste, une doctrine qui concernait autant les arts que la littérature, une doctrine terrible mais du moins claire. D’où ce flou dont nous continuons à percevoir les effets aujourd’hui sur notre vie culturelle. D’où, également, le besoin de rechercher des «sources» et de retisser des liens avec les héritages réels ou supposés.

Le verbe «revisiter» pourrait être compris dans ce sens. Mais, en fait, il est généralement utilisé quand on reprend des éléments du patrimoine que l’on parfume ou badigeonne selon l’air du temps. On le voit dans la musique et la chanson où il y a plus de reprises, «revisitées» essentiellement par l’instrumentation et quelques accords qui font moderne, que de véritables créations s’inspirant du patrimoine. Dans l’architecture où, arceau par-ci et céramique par-là, on cultive l’anecdote visuelle pour donner l’illusion médiocre d’une référence au patrimoine. Dans le stylisme où les costumes anciens ne donnent pas lieu à de véritables réinterprétations contemporaines mais au plaquage de colifichets prétendus modernes. Dans quasiment toutes les expressions en fait.
Il est grand temps de réfléchir à la coexistence de la conservation du patrimoine et du travail créatif qui s’en réclame. De penser à la différence sidérale qui existe entre «revisiter» de manière superficielle et «recréer» de manière profonde. A force de faire dans la cosmétique du patrimoine à coups de pâles actualisations, on risque d’aboutir à sa caricature puis à sa disparition assurée.

Ameziane Ferhani
 
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