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Mort de Maurice Audin

Deux députés français demandent à la France de reconnaître sa responsabilité

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le 20.02.18 | 12h00 Réagissez

Qui a tué Maurice Audin, cet enseignant de mathématiques à l’université d’Alger, partisan de l’indépendance de l’Algérie ? Où se trouve son corps ? Quelle est la responsabilité de l’Etat français dans la disparition de ce jeune militant du parti communiste algérien arrêté par la police française le 11 juin 1957 au Champs-de-Manœuvre à Alger, puis emmené par les parachutistes français dans un immeuble en construction à El Biar, d’où il ne reviendra plus jamais ? Des députés français veulent savoir.

Si Maurice Audin était aujourd’hui vivant, il aurait eu cette année 86 ans. Mais le général Massu et ses compères en ont décidé autrement, en emmenant en 1957 ce jeune militant du parti communiste algérien sur les hauteurs d’Alger sous prétexte qu’il aurait pris parti dans la bataille d’Alger. Depuis cette date, personne ne l’a revu ou sait où il se trouve.

Or, comme le propre de chaque crime est d’être élucidé, deux députés français, Cédric Villani (44 ans, La République en Marche) et Sébastien Jumel (46 ans, Parti communiste) ont interpellé officiellement le gouvernement français la semaine dernière pour réclamer la «reconnaissance officielle de la responsabilité de l’Etat français dans la mort de Maurice Audin».

Lors d’une conférence de presse organisée à l’Assemblée nationale française, les deux députés ont appelé à «une parole forte au plus haut niveau de l’Etat», autrement dit à lever le secret qui entoure depuis plus de 60 ans la mort de ce jeune homme de 25 ans et qui a laissé derrière lui sa femme Josette, et ses trois enfants. Pour

Sébastien Jumel, le combat en faveur de la vérité sur la guerre d’Algérie s’inscrit dans la droite ligne du parti communiste. Mais pour M. Villani, un tel  intérêt est inattendu. Cedric Villani qui a obtenu la médaille «Fields», la plus prestigieuse en mathématiques, a reconnu avoir découvert Maurice Audin par le biais des maths.

Ce député En Marche de l’Essonne a expliqué pour le magazine français L’Obs avoir d’abord connu les enfants de Maurice Audin, Pierre et Michèle. Le premier, également mathématicien, travaille comme médiateur scientifique au Palais de la Découverte. Quant à Michèle, elle a exercé le métier de professeure à l’Institut de recherche de mathématiques avancées de Strasbourg. Elle a écrit de  nombreux livres sur son père.

La thèse de l’évasion de Maurice Audin est bancale

Attiré par le personnage et son combat, le député Cedric Villani a lu tous les livres sur Maurice Audin, a présidé le jury qui porte le même nom pour les mathématiques. Il est convaincu que le jeune communiste a été «zigouillé» par l’armée française. «J’ai la conviction personnelle, sans l’ombre d’un doute, que Maurice Audin a été tué par l’armée française», martèle-t-il. Il a ajouté à L’Obs : «C’est le devoir de l’Etat de mettre tout en œuvre pour ce travail de vérité et pour accompagner humainement la famille qui souffre depuis 60 ans.»  Il n’est d’ailleurs pas exclu que le président Macron fasse un geste ou une annonce sur la mort de Maurice Audin dans les jours ou les mois à venir.

C’est ce qu’attend sa famille, notamment sa femme Josette qui continue de réclamer la vérité sur la mort de son mari au moment où «tous les militaires français qui ont servi en Algérie sont en train de mourir tranquillement ou vont bientôt mourir». Elle enchaîne : «Les gouvernements français n’ont jamais reconnu, ni confirmé l’emploi de la torture. J’attends que la France condamne la torture, ceux qui l’ont ordonnée, ceux qui l’ont pratiquée.»

L’appel des deux députés intervient après l’appel téléphonique d’un ancien militaire français en Algérie au journal L’Humanité pour dire qu’il «a enseveli le corps de Maurice Audin près d’Alger à la demande de parachutistes». Or, pour le moment,  rien n’est en mesure d’être prouvé tant que les archives militaires ne sont pas ouvertes.

Pour rappel, l’ancien président français François Hollande avait déclaré que tous «les documents et les témoignages (qu’il a lui-même consultés ndlr) étaient suffisamment nombreux et concordants pour infirmer la thèse de l’évasion qui avait été avancée à l’époque».

Fatiguée d’attendre la vérité qui n’arrive pas alors que ni l’armée française ni les gouvernements successifs n’ont fait aucune déclaration soixante ans après la mort de Maurice Audin, sa famille espère un geste fort d’Emmanuel Macron, né quinze ans après la fin de la guerre d’Algérie. Confirmera-t-il que le jeune mathématicien n’est pas revenu d’El Biar parce qu’il a été assassiné par les parachutistes français sur ordre du général Massu ?

Yacine Farah
 
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