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Chronique d’une prospérité éphémère

Banalisation de la rapine et perte des repères éthiques : Une décennie de scandales

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le 12.10.17 | 12h00 Réagissez

La dilapidation des biens publics a battu son plein durant les années 2000, l’ère d’aisance financière ayant aidé à l’enrichissement illicite. Cette décennie est marquée également par des événements douloureux, tels que les inondations de Bab El Oued et  le séisme de Boumerdès. Pas seulement ! Les événements de Kabylie ont marqué à jamais l’esprit de la jeunesse de cette région ayant payé un lourd tribut.

Les années 2000 ont été marquées par une formidable embellie financière due à la montée des prix du pétrole, mais vite rattrapée par une série de scandales financiers. Bien que la corruption ait toujours été présente, elle n’aura jamais été aussi importante que durant «les années Boutef’». Les Algériens ont dû assister, abasourdis, à une incroyable rapine. Le bilan fait état de milliards envolés qui auraient pu participer à l’établissement d’une vision économique solide et pérenne.

Comment a-t-on pu programmer autant de projets publics sans prévoir d’autorités de régulation et de contrôle ? A-t-on une nouvelle fois raté le coche ? Le fait est que les séquelles s’en ressentent dans la société algérienne qui, gagnée par le cynisme, fait fi de la morale et des repères éthiques. La tchipa est devenue «le maître mot» et les nouveaux riches, les beggars, et une classe politique sans foi ni loi seraient, si la déchéance morale et institutionnelle se poursuit,  les nouveaux exemples d’une jeunesse déboussolée. La banalisation des scandales  nous a-t-elle fait balayer tout scrupule vis-à-vis de la corruption ?
 

 

Khalifa : Un «rêve algérien» qui vire au scandale

L’intrigante ascension  du «golden boy» algérien, Moumen Rafik Khalifa,  devrait nous questionner sur «le rêve algérien». C’est qu’en 2002, au faîte de sa gloire, le «manager de l’année», présenté comme un self made man,  était  l’idole d’une jeunesse avide de reconnaissance. Sa chute brutale et le grand déballage qui s’en est suivi auraient peut-être grignoté nos derniers espoirs. Le pharmacien de 40 ans avait édifié un empire, employant près de 20 000 personnes, pesant un chiffre d’affaires d’un milliard de dollars.  Profitant de l’ouverture économique, il lance ainsi une banque privée, une compagnie aérienne, une agence de location de véhicules, une chaîne de télévision… Très vite, un trou de 3,2 milliards de dinars, constaté dans la caisse principale de la banque, fait vaciller le milliardaire.  On parle d’un homme de paille qui avait de l’ambition et un sacré culot. Les révélations sur les largesses octroyées à des hommes du pouvoir laissent pantois, prouvant si besoin était la déliquescence des institutions et des mœurs. Piquant détail : plusieurs noms cités dans l’affaire, dont des ministres qui quémandaient des billets d’avion, sont toujours en poste.

 

Banque nationale d’Algérie (BNA) : un préjudice de 32 milliards de dinars

Une escroquerie ayant éclaboussé la Banque nationale d’Algérie aura coûté au Trésor la coquette somme de 32 milliards de dinars. L’affaire remonte à octobre 2005, lorsque la police judiciaire révèle, à la suite d’une lettre anonyme adressée aux hautes autorités du pays, l’existence d’un vaste mouvement de fonds dans les agences de Koléa, Cherchell et Bouzaréah. Les responsables de la banque détournaient des centaines de millions de dinars au profit d’hommes d’affaires et d’industriels moyennant des commissions conséquentes. L’un des cerveaux de cette opération, Abderrahmane Achour, et ses complices écoperont de peines allant de 4 à 18 années de prison.

 

Algérie télécom : 2, 38 milliards de dinars évaporés

L’opérateur historique a eu, lui aussi, son lot de scandales financiers. Les anciens directeurs généraux d’Algérie Télécom ont été poursuivis pour "dilapidation de deniers publics" en 2007. Le montant du préjudice s’élève à 222 millions  de dinars. Deux ans plus tard, l’entreprise refait la une des journaux pour une affaire de malversations et de corruption dont le montant s’élève à 2,38 milliards de dinars.

 

Autoroute est-ouest : Histoire d’une gabegie

On la surnomme déjà «l’autoroute la plus chère du monde».  L’enquête menée par une équipe du DRS fait état d’un échange de commissions tournant autour de 530 millions de dollars entre des cadres du ministère des Travaux publics et  des représentants du consortium chinois Citic-CRCC.  Des noms importants sont impliqués dans ce scandale dont on ne connaît pas encore les tenants et les aboutissants. Estimé à 7 milliards de dollars, le coût du projet culminera à 13 milliards.  Résignés, les automobilistes auraient au moins souhaité que les travaux soient à la hauteur de leurs espérances. Faute d’avoir un mot à dire sur ces scandales qui les dépassent (des noms tels que Pierre Falcon cités dans l’enquête), ils espéraient pouvoir rouler sur une autoroute conforme aux normes requises.

 

Brown roots and Condor  : 73 milliards de dinars dilués

Fruit d’un partenariat entre Halliburton et Sonatrach, le joint-venture américain défraye la chronique en juillet 2006. Un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) fait état de quarante et un marchés de gré à gré décrochés dans des conditions  fort douteuses pour un montant de 2,1 milliards de dollars et entachés de surcoûts, de détournement de contingents et franchises fiscales. Le préjudice subi serait de l’ordre de 73 millards de dinars. Le rapport de l’IGF, dont la presse s’est faite l’écho  fait état d’incroyable surfactures et d’une série d’irrégularités dont le Trésor public est la première victime. Les chiffres sont éloquents : BRC a facturé à Sonatrach des logiciels à 357 millions de dinars sans aucune facture, elle a assuré la formation du personnel d’une unité de déshydration de gaz est s’est octroyé une marge de 368%, la réalisation du  club pétrolier de Zéralda, dont le contrat fixait le prix de 124 millions de dinars,  coûtera pas moins de 644 millions de dinars, soit un écart de 62%... A-t-on tiré les leçons de ce gâchis ? Quelques années après le scandale, l’ancien directeur, Abdelmoumen Ould Kaddour, a été nommé ministre de l’Energie.

 

La BADR, BCIA, BEA et les autres…

Une affaire de corruption à la BADR a été révélée en 2005 à la suite d’une enquête interne menée par une commission dépêchée par l’administration de la Badr à l’agence de Birkhadem. La presse n’a cessé, de 2003 à 2007, d’énumérer les scandales financiers, creusant un important déficit dans les caisses de l’Etat. Selon les chiffres donnés par les services de lutte contre la criminalité économique et financière en 2005, les sommes englouties ont atteint près de 340 milliards de centimes. En 2006, les enquêtes préliminaires dans les affaires de dilapidation de deniers publics ont évalué le préjudice à plus de 1300 milliards de centimes.  





 

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