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Le ministre de l’Agriculture à El Tarf

Le concentré de tomate au centre des inquiétudes

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le 09.01.18 | 12h00 Réagissez

 
	Une serre de production de plants maraîchers à Zerizer
Une serre de production de plants maraîchers à Zerizer

Malgré une production importante, l’importation du produit est maintenue dans la liste des 1000 produits interdits  l Un projet de drainage de 4 milliards de dinars qui ne draine encore rien.

Dimanche 10h00, nous sommes sur la butte de Doufa (Douar Fetzara, commune du Lac des oiseaux) qui surplombe les Ouleds Dieb et l’immensité verdoyante de la plaine de Bouteldja. «Vous voyez toute la partie entre les berges de l’oued Kébir et la maison au milieu de la prairie, ce sont nos terres» nous montre Lamri Hocine, agriculteur.

«On ne peut plus comme autrefois y faire de la tomate fraîche. D’abord, parce qu’on a coulé la conserverie d’à côté (Lalaymia ndlr) et qu’on ne peut plus rien planter à cause d’une digue du nouveau projet de drainage de la plaine qui retient les eaux jusqu’au mois de mars au lieu de les évacuer». Hocine Lamri et ses voisins sont un groupe d’agriculteurs qui attendaient de pied ferme le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Abdelkader Bouazghi, pour lui faire part de leurs problèmes.

Un peu agités, ils ont été pris à part par le wali d’El Tarf, Mohamed Belkateb, pendant que le ministre recevait les explications sur le projet d’assainissement des plaines de Bouteldja et Tarf qui a englouti 4 milliards de dinars sans grande efficacité jusqu’à présent. Pour le directeur des ressources en eau, le projet qui doit assainir, c’est-à-dire drainer les eaux des crues, quelque 9000 ha, n’est pas encore achevé.

A Chatt, lors de la visite d’une unité de transformation de tomate, le patron de Carajus, M. Rachrach, a déclaré sans ambages en montrant à la délégation ministérielle des fûts de triple concentré de tomate (TCT) produit sur place «Ce qui nous tue et étrangle la filière de la tomate, c’est l’importation de TCT et de DCT», en réponse aux assurances du ministre. Et d’ajouter : «Tous les ministres qui passent nous font des promesses, mais rien n’est fait dans ce sens.» La messe est dite, mais manifestement le problème n’a pas été pris à sa juste mesure. Pour le ministre, El Tarf offre des potentialités et des perspectives de développement de ce créneau. Ce n’est pas nouveau.

La culture industrielle de la tomate dans le nord-est du pays (El Tarf, Guelma, Skikda et Annaba) employait avant la crise provoquée par l’importation tous azimuts jusqu’à 500 000 personnes par an et procurait les trois quarts de la production nationale qui était à l’époque de 90 000 tonnes/an. Aujourd’hui, elle se situe autour de 100 000 t/an, mais entre-temps les efforts accomplis dans la conduite des cultures ont boosté les rendements qui sont de 60-70 quintaux / hectare à une moyenne de 400 q/ha.

Ce que dit le ministre n’est pas faux, mais c’est décalé, nous expliquent les principaux acteurs de cette filière, les agriculteurs et les conserveurs : «Pour l’heure, ce sont les importations massives de TCT et DCT qui inhibent et oblitèrent les perspectives dont parle le ministre de l’Agriculture». Nous n’avons pas pu en savoir davantage de la bouche du premier responsable du secteur pour des changements impromptus dans le programme de la visite ministérielle. Notamment la raison pour laquelle les importations de TCT et DCT n’ont pas été suspendues pas la récente liste des 1000 produits interdits d’importation pour, semble-t-il, favoriser la production locale.

Des promesses !

Il y aurait eu à ce sujet, avons-nous appris, une consultation des professionnels avant l’élaboration de la liste, comme cela a été le cas pour les nombreux autres produits agricoles qui figurent sur cette liste. Faux, déclarent des conserveurs consultés à leur tour : «Nous n’avons pas entendu parler d’une telle consultation et si elle a eu lieu c’est très certainement avec les mêmes privilégiés cooptés pas les pouvoirs publics et qui sont connus pour être précisément les importateurs de TCT.

C’est 1200 dollars la tonne et en 2015, on a importé sur Annaba 41 000 tonnes, c’est-à-dire 45 % des besoins nationaux. Faites le calcul, c’est énorme !)». L’importation aurait été maintenue pour, nous explique-t-on encore, subvenir aux besoins nationaux qui ne sont couverts qu’en partie par les produits locaux.

Soit ! Mais alors pourquoi y a-t-il des stocks d’invendus estimés à 70 % de leur production chez les conserveurs? Manifestement, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond et de là à penser que les lobbies de l’importation ont pris le dessus, il y a qu’un pas qui a été franchi, on ne s’en cache plus. Le ministre a promis qu’une «rencontre de concertation» sera organisée la semaine prochaine avec tous les intervenants pour évaluer la situation et trouver des solutions aux problèmes soulevés. Modernité, croissance, partenariat, relever le niveau, sont les nouveaux leitmotivs du secteur de l’agriculture.

Le ministre n’a cessé de les reprendre à chaque étape de sa visite qui l’a mené également à Zerizer pour la visite d’un groupement algéro-tuniso-franco-hollandais, Crow Algéria, qui produit 9 millions de plants maraîchers avec de la semence importée. Pour le ministre, relever le niveau c’est produire de la semence et atteindre les 40 millions de plants, ce que font les Tunisiens juste à côté. «A ce moment-là vous deviendrez une success story», a souhaité Abdelkader Bouazghi aux patrons de cette unité.
 

Slim Sadki
 
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