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Docteur Baaissa Babelhadj. Enseignant chercheur à l’université de Ouargla

J’interpelle les pouvoirs publics afin de déclencher un système de surveillance de la maladie du chameau fou

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le 16.05.18 | 12h00 Réagissez

Le ministre de l’Agriculture a réagi samedi à Gassi Touil, à 190 km de Ouargla, ou il effectuait une visite de travail, à un rapprochement rapide de ses services avec le chercheur de l’université de Ouargla qui a découvert la maladie à prion dite du dromadaire fou pour prendre les mesures nécessaire à la prise en charge de cette maladie.

Brahim Korichi, cadre à la DSA de Ouargla, confirme l’information et souhaite lever le quiproquo sur la question, au moment ou le docteur Baaissa Babelhadj, enseignant chercheur à l’ENS Ouargla et au laboratoire de protection des écosystèmes en zones arides de l’université Kasdi Merbah de Ouargla, dénonce des actions d’intimidation qu’il subit depuis la divulgation de la découverte par la publication d’un article scientifique sur la recherche menée par un consortium de chercheurs algéro-italiens.

Le docteur Baaissa Babelhadj, vétérinaire depuis une trentaine d’années à la DSA de Ouargla, n’en revient pas que la découverte de la maladie du dromadaire fou dans les élevages camelins de Ouargla, ne suscite pas plus d’intérêt du ministère concerné, qui n’a pris aucune mesure à ce jour, «hormis des menaces de représailles pour avoir collaboré avec des laboratoires étrangers et la publication d’informations sensibles dont le ministère devait être le premier destinataire».

Pour le Dr Baaissa Babelhadj, il s’agit d’abord des résultats d’une recherche scientifique sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, dûment documentée qui a fait l’objet d’une publication scientifique dans le numéro de juin 2018 de la prestigieuse revue scientifique américaine Emerging Infectious Diseases du Center for Disease Control and Prevention sous le titre «Prion Disease in Dromedary Camels, Algeria».

L’étude, initiée au départ par le Dr Baaissa Babelhadj, porte également les noms de tous ses collaborateurs en Algérie et en Italie que sont : Michèle Angelo Di Bari, Laura Pirisinu, Barbara Chiappini, Semir Bechir Suheil Gaouar, Geraldina Riccardi, Stefano Marcon, Umberto Agrimi, Romolo Nonno et Gabriele Vaccari.

Flashback

C’est en 2012, lors de la tenue du 1er Salon national du dromadaire de Ouargla que le Dr Babelhadj, vétérinaire rattaché à la DSA de Ouargla, a été contacté par des chameliers inquiets de l’apparition de troubles anormaux au sein de leur cheptel.

«Ces animaux présentaient des troubles comportementaux, une agressivité anormale, des tremblements persistants et des difficulté locomotrices» explique le chercheur. Il en a fait part à Tayeb Benaissa, ministre de l’Agriculture à l’époque, qui leur a préconisé de demander conseil aux spécialistes du dromadaire de l’université de Ouargla.

Notre chercheur, qui travaillait sur une thèse de doctorat sur la densitométrie osseuse du camelin, s’est porté volontaire pour effectuer une recherche en parallèle dans le but de comprendre cette maladie bien différente des troubles habituels du dromadaire. Il explique : «En gros le camelin est très résistant, il est atteint parfois par des parasites mais il répond rapidement aux traitements existants, les décès constatés sur des sujets âgés malades depuis plusieurs mois était très suspect.»

Après plusieurs mois à sillonner les élevages de la wilaya de Ouargla pour constater l’ampleur de la maladie et recenser ses symptômes, des examens ante-mortem au niveau de l’abattoir de Ouargla ont permis au Dr Baaissa Babelhadj d’observer la persistance et l’augmentation des troubles nerveux ce qui a conduit à l’élimination de certains animaux jugés impropres à la consommation.

Mais c’est le prélèvement du cerveau d’une bête atteinte de ces symptômes qui a mis le chercheur sur la piste d’une maladie neurologique dégénérative : «Dès la vue de cette partie de l’animal, j’ai eu la conviction d’être devant une encéphalopathie spongiforme due à un prion, une maladie similaire à celle de la vache folle, mais jamais décrite chez le dromadaire.» Le chercheur de Ouargla a donc voulu pousser plus loin les examens.

Il est d’abord orienté vers le professeur Abdelaziz Gaouar, maître de conférences à l’université d’Oran et ex-directeur du Centre de recherche dans les zones arides (CRSTRA) dont le siège est à Biskra ; ce dernier l’a orienté vers son fils Sémir Beshir Suheil qui a pris contact avec des chercheurs italiens pour confirmer les doutes sur cette maladie suspectée depuis plusieurs années et qui prend de l’ampleur.

Le laboratoire italien a d’abord émis la thèse de l’inexistence de cette maladie à l’échelle mondiale, puis a fini par accepter d’effectuer des examens plus poussés sur insistance des chercheurs algériens, avant de leur adresser une lettre de félicitation pour cette découverte inédite. Il s’agit, selon le Dr Baaissa Babelhadj, d’une maladie à prion, une protéine naturellement présente dans le cerveau mais qui évolue anormalement chez les bêtes atteintes avec des symptômes dûment constatés dans les élevages de Ouargla transmissible à travers les ruminants et dont la transmission à l’homme n’a pas encore été explorée.

D’où «l’urgence de prendre des mesures pour circonscrire le mal et isoler les bêtes malades afin d’éviter la propagation de cette maladie» affirme le Dr Baaissa Babelhadj, qui en appelle au ministère de l’Agriculture de lancer une enquête dans toutes les zones d’élevage camelin. «J’interpelle les pouvoirs publics afin de déclencher un système de surveillance de la maladie du chameau fou» dit-il.

C’est d’ailleurs ce que préconise l’étude qui a conclu que le système d’élevage de dromadaire a subi des changements drastiques durant la dernière décade avec une évolution rapide qui permis l’installation de fermes laitières péri-urbaines et de laiteries, un diversification des sous-produits du dromadaire avec une pénétration plus importante du marché et un accroissement de la consommation.

Cette évolution nécessite la mise en place de normes sanitaires plus strictes pour ce qui est des maladies infectieuses et particulièrement pour les maladies à prion afin d’évaluer le risque pour l’homme et de développer des politiques de contrôle et de surveillance comme première étape afin de minimiser l’exposition humaine et animale.

Houria Alioua
 
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